Des Questions et ... des réponses ...peut être

 

Notre mode de vie SDF (sur domicile flottant) suscite quelques bonnes (et parfois mauvaises) questions récurrentes.  Elles sont le plus souvent dues à une parfaite méconnaissance du milieu marin et parfois du milieu naturel tout court. L'intoxication sociétale dont nous sommes tous victimes par le biais des medias, de la routine, de la pub, des politiques qui prétendent nous indiquer la "bonne" marche à suivre ... a fini par, plus ou moins, nous couper du monde naturel réel, physique, chimique et biologique.

Voici donc un aperçu non exhaustif de ce que l'on entend lors de nos "vacances" à terre.

Voici mes réponses mais l'équipière peut avoir d'autres opinions quelle donnera peut être dans sa page quand ça lui plaira.

 

Vous devez vous ennuyer pendant les longues traversées ?

 

Ça doit coûter cher de voyager comme cela ?

Il faut choisir entre adapter ses besoins à ses ressources ou chercher à adapter ses ressources à ses caprices. Certes la société hyper consommatrice ou Plus vaut plus que Mieux et beaucoup plus que suffisamment, nous pousse à terre à avoir une grosse maison, un gros 4x4 , un gros frigo avec plein de choses dedans , une grosse télé pour voir des gros cons essayer de vous faire rire dans le but final de vous vendre plus de Coca Cola !
Mais en mer un trop gros bateau c'est emmerdant à manoeuvrer, un gros frigo ça consomme trop d'électricité, la grosse télé ne capte rien, et les gros cons sont moins intéressant que les bancs de dauphins jouant avec l'étrave, ou le grand chien hésitant entre suivre Orion, le chasseur ou le lièvre...

 Donc finalement la recette : bateau de taille raisonnable, des énergies renouvelables , un peu de bricolage , un zeste de troc , pas mal de Zen ne coûte pas bien cher pour ce qu'elle apporte: découverte, convivialité, vagabondage, nature

Vous vivez de quoi ?

D'air pur (pour gonfler les voiles) , d'eau tiède (les tropiques c'est sympa), de l'énergie de la nature qui nous entoure... blablabla...

Bon , moins poétique et plus réel, il faut bien bouffer quand même et bien se payer une place dans un airbus en classe bétail pour aller voir ceux qu on aime même si on est loin.
Il y a quelques professions qui s'accordent pas trop mal avec cette vie de vagabond des mer. les professions médicales et paramédicales (infirmières surtout) , les bricolo de génie, les soudeurs , les frigoristes, diésélistes , les cuistots etc... trouverons assez facilement du boulot un peu partout.

Étant telle la tortue , avec sa maison mobile , pas de loyer , parfois une place en marina si vraiment le mouillage est impossible, inconfortable, dangereux ou plus couramment interdit.
Parfois la vie est chère (Polynésie) mais les salaires sont généralement en proportion, beaucoup plus souvent l'essentiel est bon marché à condition de savoir abandonner ses habitudes de terrien européen.
Grosso modo 1 mois de travail nous permet de vivre 1 à 2 mois en naviguant, en ne manquant de rien.

Qu'est ce que vous faites de vos journées ?

En mer, on veille à la bonne marche de notre maison flottante. Il faut aussi nourrir l'équipage, essayer de pêcher un peu... parfois. Lire, observer, écouter et essayer de décrypter la nature occupent le temps libre quand une avarie ne vient pas ajouter quelques heures de bricolage entre deux siestes.

En escale au paradis, visites, découvertes, randos, rencontres sur terre, sur ou sous l'océan ou la lagon suffisent à notre bien être.

En escales plus civilisées, le remplissage de la caisse de bord occupe largement nos journées qui commencent alors a ressembler aux vôtres ! La civilisation est aussi l'occasion de faire les entretiens majeurs sur le bateau, mise a sec, carénage,

 

Le confort ne vous manque pas ?

Petit intérieur mais grande piscine garantie sans entretien !

Et la télé?

Ouf quel débarras. mais force est de reconnaître que la lucarne infernale quand on est à terre serait encore capable de nous phagocyter. mais si , objectivement on retire des programmes TV ce qui est idiot, inutile, inintéressant, faux, manipulation... que reste il ?

Vous n'êtes au courant de rien donc

De rien en effet à part de la vie des étoiles, de la reproduction des poissons clowns et la douceur du temps qui passe... ça suffit à être heureux.

A quoi servez vous ?

 

Que fuyiez vous ?

 

Après quoi courrez vous?

Ah  celle là , je l'aime bien . Elle me rappelle un moment très agréable avec de très bons amis. Nous étions un quinzaine à déjeuner dans la superbe villa à quelques million d'€ , idéalement située à Gassin avec vue imprenable sur la Méditerranée. Philippe, le richissime propriétaire me pose diverses questions (dont beaucoup figurent dans ces lignes) sur mon périple , m'explique que lui , entre ces conseils d'administration , l'introduction de sa boite au second marché etc , il n'aurait jamais le temps de faire cela. Puis après quelques minutes de réflexion et un verre de Bordeaux (excellent) supplémentaire, il me sort : "Mais après quoi tu cours au juste ?"

La réponse fuse et, je crois, le déstabilise un peu : " Et toi ? "

Tout est dit.

La lenteur ne vous dérange pas ?

C'est en lisant 'Ecologica' d'André Gorz, et plus particulièrement un article datant de 1975 sur les "bagnoles" que ce coco pur jus m'a donné l'idée de cette réponse 'mathématique' :

soit  a le pourcentage de votre budget consacré à votre voiture (achat essence assurance réparation ..)

soit b le nombre de kilomètres que vous parcourez par an

soit c le nombre d'heure passées dans votre voiture

calculez V=b / (a x1680/100)+c)

V est votre vitesse moyenne réelle de déplacement (le temps réellement dépensé pour vous mouvoir d'un kilomètre)  , si vous êtes dans la moyenne des Français elle devrait tourner autours de  ... 6 km/h

Ce qui est étonnant c'est que cela n'a pas changé depuis des siècles !!   a pied 6km/h ; a cheval 6 km/h ; en 2cv 6 km/h ; en Mercedes 6 km/h et même en avion 6 km/h !!!

Sur Teva on se déplace à 4-5 Knt c'est à dire (compte tenu des mêmes impératifs pris en compte plus haut)  ... environ 6 km/h

La lenteur est toute relative

Pourquoi ne pas faire la même chose en avion , c'est mieux non?

Pourquoi pas non plus en surfant sur Internet , moins polluant ( quoique.. Google= 2% des dépenses énergétiques mondiales !), encore plus rapide , encore plus impersonnel , mais peut être pas plus éloigné de la réalité locale.

Sérieusement , nous aussi nous utilisons l'avion , mais avec autant de plaisir que de prendre le RER  !

Pour visiter une nouvelle région , une autre façon de vivre , un autre climat, une autre culture, une autre façons de se nourrir, l'avion est terriblement violent. En quelque heures le "dépaysement" recherché est total sauf que souvent dès l'atterrissage on vous 'transfert' dans le ressort standardisé, aseptisé, steakfritisé , francisé et allincludisé.
Si bien qu'a la moindre incursion dans le vrai monde extérieur , ce n'est qu'agression, parasitisme , colibacillose et insolation .... l'horreur, en plus ça parle étranger !

Arriver lentement en voilier , même si ce n'est qu à Groix, Port Cros ou au banc d'Arguin , c'est prendre le temps de voir sa destination se profiler , parfois se refuser farouchement aux gré de courants contraires ou de vents capricieux.

Petit à petit les détails se précisent , les odeurs naissent, l'envie se forme et s'érige en destinée incontournable. Mais la belle se refuse, il faut circonvoler entre ses barrières naturelles pour enfin s'accrocher en quelque havre de paix que l'île , dans sa bonté , aura bien voulu nous prêter quelque temps.

Est ce dangereux ?

Probablement moins que de partir vite en week-end à 500 Km , crevé d'une semaine de boulot et d'en revenir encore plus crevé et en plus un peu chargé des agapes du dimanche midi.

Avez vous peur ?

Heureusement, si tel n'était pas le cas, la réponse précédente serais plus tranchée. La peur pousse à faire attention, à prévoir, à anticiper, réparer. Naviguer prend parfois des allures de combat et la mer est de toute façon toujours la plus forte. Il faut donc composer, l'amadouer, être diplomate, écouter son discours, la comprendre, ne pas la ramener et passer en douceur.

La peur n'est pas un handicap, c'est un moyen de survie.

La solitude n'est pas trop dure?

Quelle solitude? être face à soi même de temps en temps ne fais pas de mal si on n'est pas son propre ennemi !

vous devez manger mal

Oui , encore que, le pain qu'on a mis trois heures à cajoler, pétrir, masser et regarder lentement grossir est, lorsqu'il fini de cuire, tellement désiré que la boite d'Henaf ne tarde pas à s'ouvrir quasiment seule. C'est trop chaud mais comment attendre quand cela sent si bon.

la mer ce n'est pas monotone?

 

Vous pêchez pour survivre?

 

Vous n'avez pas peur des requins ?

Une remarque, une seule : par an (en moyenne) 3 à 5 morts par attaque de requins et ... 200 à 300 morts par chute de noix de coco !

no comment

 

Pourquoi partir?

Pourquoi pas ?